Programme de salle Dans la fumée des joints de ma mère

    Dans la fumée des joints de ma mère

    Texte de Christine Citti
    Mise en scène Jean-Louis Martinelli

    Du 6 au 20 février 2022

    Du lundi au vendredi à 20h, samedi à 18h, dimanche à 15h30
    Relâche le mardi
    Durée : 2h — SALLE ROGER BLIN

    AVEC 
    Darina Al Joundi Malika
    Christine Citti Geneviève
    Elisa Kane Olympe
    Alain FromagerAlbert
    Arthur Oudot le dealer
    Laurence Roy Estelle

    COLLABORATION ARTISTIQUE Thierry Thieû Niang

    SCÉNOGRAPHIE Fabien Chalon
    LUMIÈRE Jean-Marc Skatchko 
    MUSIQUE Sylvain Jacques 
    COSTUMES Élisabeth Tavernier
    RÉALISATION DES COSTUMES Sandrine Valter
    MAQUILLAGE Marguerite Machuel 
    ACCESSOIRES Manuia Faucon ET Lola Seiler
    RÉGIE GÉNÉRALE Sébastien Mathé 
    CONSTRUCTION DU DÉCOR MC93 – maison de la culture de Seine-Saint-Denis, Bobigny
    Administration  AlterMachine, Élisabeth Le Coënt et Marine Mussillon

    Production Compagnie Allers-Retours.
    Coproduction MC93 – Maison de la Culture de Seine-Saint-Denis, Bobigny ; Théâtre Liberté – scène nationale, Toulon ; Théâtre Olympia – CDN de Tours.
    Avec l’aide de la Spedidam.
    RemerciementsCyrille Leclerc, Quentin Vigier.
    Création en décembre 2021 au Théâtre Liberté – scène nationale Toulon.

    En partenariat avec la MC93, maison de la culture de la Seine-Saint-Denis, Bobigny

    Entretien avec Jean-Louis Martinelli  

    La pièce brasse un certain nombre de sujets de société. Quelle question centrale pose-t-elle ?

    On n’est pas très loin de la dystopie et le texte résonne très fort aujourd’hui, alors même que Christine Citti a écrit juste avant la crise sanitaire. Il aborde la question des retraites, du service public, de l’hôpital, de la maladie, du traitement de la vieillesse mais aussi de la libéralisation des substances. La question de la fin de vie sous-tend tout le reste, et elle est posée sous la forme du rire. C’est une ode à la liberté. Vouloir maîtriser sa propre mort, c’est être responsable de sa propre existence. Comment tenter de continuer à être libre dans un monde qui nous échappe ? Par sa fantaisie, Dans la fumée des joints de ma mère est aussi une ode à la liberté théâtrale. Pour moi c’est toujours la même question : comment faire un théâtre politique sans fabriquer un dépliant de propagande ?

    Qu’est-ce qui vous stimule dans cette écriture ?

    C’est justement la fantaisie, au sens fort du terme. Cette écriture s’empare du monde et de sa violence, notamment envers les femmes, mais pour ce faire, elle mêle le trivial, le burlesque et le poétique. On passe en un clin d’œil de moments d’hyper sensibilité, qui frisent avec la confession, à des scènes de délire des uns et des autres, sur le corps, le désir, etc. 

    Cette écriture m’invite à un geste de mise en scène encore plus libre par son hétérogénéité et ce mélange de scènes dialoguées et de grandes parties monologuées qui ouvrent tout à coup sur de l’intime, de telle sorte qu’à la fin de la représentation, des biographies se sont tissées indirectement à travers une histoire pourtant discontinue. Ce qui m’intéresse, c’est de faire exister des gens de peu – pour reprendre le titre d’un beau livre du philosophe Pierre Sansot – sans apitoiement, sans jugement ni caricature. Ces laissés-pour-compte parlent d’ailleurs d’eux-mêmes sans aigreur ni revendication directe. Certes ils sont un peu hors-sol : l’une se prend pour la Nina Hagen des banlieues, l’autre est habité par l’univers du chanteur Christophe et va jusqu’à s’habiller comme lui. Mais au bout du compte, ce sont des rêveurs. Ils me touchent pour cela.

    Quels ont été les enjeux de la mise en scène ?

    Il fallait déjouer la potentielle gravité du sujet, ne pas tomber dans le misérabilisme mais au contraire tirer tous les fils de la fantaisie présente et de la joie de ces gens-là à être ensemble. L’autre écueil que nous avons contourné grâce au burlesque, concernait le traitement de la prise de substances illicites. On devait éviter le rituel réaliste de la consommation de drogue et, dans le jeu, l’illustration. L’effet des substances passe avant tout dans la déconstruction du langage et des séquences, plus que dans le mimétisme d’un état second pour les acteurs. Cela rejoint le problème de la représentation de l’alcool au théâtre. Montrer quelqu’un totalement saoul sur scène est rarement intéressant. Faire sentir au contraire qu’il se défend de l’être en déployant beaucoup d’efforts, permet de mesurer bien mieux son état.

    Il y a, au milieu de ces vieux, un personnage assez énigmatique, le jeune « pharmacien »…

    C’est un surnom pour le dealer. Au début, il arrive là juste pour livrer ses produits. Confronté à ces vieux, peu à peu, il en tire une leçon de vie, un désir de se battre. Pendant que les autres avancent vers un chemin de disparition, lui se constitue en tant que sujet dans la confrontation à la mort des autres. On ne l’avait pas réellement prévu au début des répétitions, ça s’est imposé au fur et à mesure et Christine Citti a rajouté du texte. Au départ c’était un ange de la mort et petit à petit, c’est devenu une figure de résurrection.

    Qu’est-ce que ce texte requiert des acteurs ?

    La difficulté consiste à maîtriser la vitalité, à rester dans des situations et des rapports concrets à la langue mais aussi à être dans la rupture permanente. Ici l’acteur ne peut pas tirer un fil unique de sensations ou un fil psychologique, il doit sans cesse changer d’humeur et de registre. On passe d’un moment à l’autre de Thomas Bernhard à Dario Fo, et de Dario Fo à Beckett ! 

    L’écriture de Christine Citti tient de la discontinuité, presque du collage. Je crois que nous sommes des êtres discontinus et contradictoires. C’est pourquoi la notion de personnage me gêne parce que nous sommes tous tellement pétris de paradoxes et de changements d’humeur… Penser en termes de personnage préexistant conduit à des réductions psychologiques et à un rétrécissement de l’imaginaire. Les personnages existent vraiment au résultat pour le spectateur mais dans le travail de fabrication, comptent avant tout les situations, les rapports à l’autre et les énonciations, à partir de quoi quelque chose se construit. 

    Il faut donc travailler séquence par séquence sans souci de l’homogénéité. L’acteur doit jouer chaque instant singulier et une fois tel moment joué, telle une ardoise magique il efface et repart sur autre chose. C’est un exercice délicat. Parmi les comédiens, trois d’entre eux sont des compagnons de route de longue date. Ce n’est pas une troupe au sens strict mais c’est quand même une troupe d’affects. On cherche la même chose, sans être obligés d’expliquer les tenants et les aboutissants.

    Quel a été votre désir premier pour la scénographie ?

    Je voulais sortir d’un espace réaliste. Fabien Chalon, qui est plasticien, a rêvé sa propre machine spectaculaire. Il a fabriqué des images et ensuite nous avons apporté quelques modifications au plateau. Nous ne voulions pas d’images illustratives mais un poème parallèle, qui prolonge l’émotion et la rêverie.

    Comme les images, la musique est une enveloppe qui aide à cheminer dans les changements de séquence. La création musicale de Sylvain Jacques propose un accompagnement sensible de ce qui se passe sur scène. On ne travaille pas sur des effets mais sur une notion d’ambiance. Roland Barthes dit de l’écriture qu’elle doit permettre aux lecteurs d’écrire dans la marge. C’est la même chose pour la mise en scène selon moi, qui est là pour ouvrir des sens, des questions, des réseaux sensibles, et non pas pour apporter une réponse univoque. 

    Propos recueillis par Olivia Burton, janvier 2022

    Jean-Louis Martinelli

    Jean-Louis Martinelli débute sa carrière à Lyon. Il crée ses premiers spectacles avec une troupe du Théâtre Universitaire de 1972 à 1975. En 1977, il crée le Théâtre du Réfectoire, et se tourne majoritairement vers des auteurs du XXe siècle, notamment Pier Paolo Pasolini.
    En 1987, il prend la direction du Théâtre du Point du Jour à Lyon, appelé alors Théâtre de Lyon. En 1993, Jean-Louis Martinelli est nommé à la direction du Théâtre National de Strasbourg qu’il dirigera jusqu’en 2000. Il mettra en place dès son arrivée une troupe de comédiens permanents, associera des auteurs à l’activité de création. 
    En 2002, il est nommé à la direction du Théâtre Nanterre-Amandiers, centre dramatique national. Au cours de ces douze années de direction, il monte des auteurs tels que Anton Tchekhov, Bertolt Brecht, Georges Feydeau et Henrik Ibsen, tout en continuant à faire découvrir, à adapter et à mettre en scène des auteurs contemporains tels que Laurent Gaudé, Aziz Chouaki et Alaa El Aswany.  Il retrouve également les auteurs qui lui sont chers comme Jean Racine dont il mettra en scène Bérénice, Britannicus et Phèdre ou Jacques Jouet avec La République de Mek-Ouyes, Voyage en Afrique, Mitterrand et Sankara. Ces deux derniers spectacles s’inscrivent dans une volonté de Jean-Louis Martinelli d’établir un dialogue avec des artistes du continent africain, qui sera à l’origine de la création du spectacle Une nuit à la présidence en mars 2014 au Théâtre Nanterre-Amandiers, centre dramatique national.
    C’est dans cet esprit d’ouverture que Jean-Louis Martinelli quitte le Théâtre Nanterre-Amandiers en décembre 2013 et crée sa propre compagnie Allers-Retours.
    Il met en scène en 2013, Je ne serai plus jamais vieille de Fabienne Périneau avec Christine Citti ; en 2014, Anna Christie d’Eugène O’Neill au Théâtre de l’Atelier ; en 2015, L’Avare de Molière avec Jacques Weber au Théâtre Montansier de Versailles, puis en tournée en France avant d’être repris au Théâtre Déjazet. En juin 2016, il a signé la mise en scène de l’opéra Lucia di Lammermoor à l’Opéra national de Lorraine. Depuis l’automne 2016, Jean-Louis Martinelli travaille à l’élaboration d’un projet intitulé Place Publique à Châteauvallon – Le Liberté, scène nationale de Toulon et à La Courneuve dans le cadre d’une collaboration avec l’association La Sauvegarde et la MC93 – Maison de la Culture de Seine-Saint-Denis, Bobigny.
    De ce chantier, plusieurs textes à destination du plateau ont vu le jour : Mélangeur de Jacques Séréna, L’Entretien de Jean-Louis Martinelli, et Ils n’avaient pas prévu qu’on allait gagner de Christine Citti.
    En novembre 2017, il met en scène un texte de Laurent Gaudé, Et les colosses tomberont, au Conservatoire National Supérieur d’Art Dramatique. En décembre 2017 à Maubeuge, Jean-Louis Martinelli crée Nénesse d’Aziz Chouaki qui fait suite à une commande d’écriture. Le spectacle est présenté en janvier et février 2018 à Paris au Théâtre Déjazet dont le directeur Jean Bouquin a demandé à Jean-Louis Martinelli d’assurer la programmation. En 2019, il crée Ils n’avaient pas prévu qu’on allait gagner de Christine Citti à la MC93 – Maison de la Culture de Seine-Saint-Denis, Bobigny. 
    Le spectacle est ensuite présenté au Théâtre des Halles dans le cadre du Festival d’Avignon OFF et tourne pendant les saisons 2019-2020 et 2020-2021 au Théâtre du Rond-Point à Paris, à la MC2: Grenoble, scène nationale ; au Théâtre du Gymnase, Marseille ; à Châteauvallon – Le Liberté, scène nationale de Toulon, et fait l’objet d’une captation diffusée sur Culturebox.

    Christine Citti

    Christine Citti débute sa carrière en tant qu’élève de Patrice Chéreau au Théâtre Nanterre-Amandiers. Elle joue notamment avec les metteurs en scène Pierre Romans, Maurice Benichou, Alfredo Arias, Jorge Lavelli, Didier Long, Jean-Louis Martinelli, Peter Stein. À la télévision, elle joue de nombreux rôles dans des téléfilms avec entre autres, Édouard Molinaro, Luc Beraud, Arnaud Selignac, Nadine Trintignant, Emmanuelle Bercot, Jacques Martineau et Olivier Ducastel ainsi que dans la série Les Enquêtes d’Éloïse Rome où elle interprète le rôle-titre. Au cinéma, elle tourne avec Bertrand Tavernier, Camille de Casabianca, Denis Dercourt, Xavier Gianolli (pour son rôle dans Quand j’étais chanteur, elle est nommée aux César 2007 pour le meilleur second rôle féminin, et remporte le Prix du Jury et le Prix du Public au festival Jean Carmet de Moulins), Viviane Candas, Claude Lelouch, Fabien Onteniente, Claude et Nathan Miller, Pascal Thomas, Patrick Mille. Elle a réalisé plusieurs courts métrages et un long métrage Rupture(s) en 1993, avec entre autres Michel Piccoli, Emmanuelle Béart, Nada Strancar. Elle écrit également des scenarii : Les Têtes en l’air co-écrit avec Jean-Louis Martinelli d’après Vivarium de Serge Valletti, ou encore Qui perd sa maison, actuellement en cours d’écriture.
    Au théâtre, elle participe en 1994 à la création collective de La Place de l’Étoile de Robert Desnos, avec notamment Jacques Vincey, Laurent Pelly et Robert Cantarella. Ils n’avaient pas prévu qu’on allait gagner est sa première pièce en tant qu’autrice. Créée dans une mise en scène de Jean-Louis Martinelli à la MC93 – Maison de la Culture de Seine-Saint-Denis, Bobigny. La pièce tourne plus de cinquante fois sur les saisons 2019-2020 et 2020-2021. Elle est programmée au Théâtre du Rond-Point à Paris en janvier 2022. 

    Autour du spectacle 

    Dimanche 13 janvier
    → Garderie-atelier pour les enfants de 6 à 10 ans 
    Pendant que les parents assistent à un spectacle, les enfants participent à un atelier de pratique théâtrale animé par Raphaël Hornung, comédien de la compagnie pour ainsi dire. 

    → Rencontre avec l’équipe artistique
    à l’issue de la représentation modérée par Valérie Pihet, chercheuse en sciences humaines

    Informations pratiques

    NAVETTES RETOUR

    La navette retour vers Paris
    Du lundi au vendredi, une navette est mise en place à l’issue de la représentation, dans la limite des places disponibles.

    Elle dessert les arrêts :
    Porte de Paris (métro ligne 13), La Plaine Saint-Denis, Porte de la Chapelle, La Chapelle, Stalingrad, Gare du Nord, République, Châtelet
    Tarif : 2 €.
    Réservation à la billetterie avant le spectacle.

    La navette dionysienne
    Le jeudi, si vous habitez à Saint-Denis, une navette gratuite vous reconduit dans votre quartier. Merci de réserver au 01 48 13 70 00 ou à la billetterie avant le spectacle.

    LE RESTAURANT « CUISINE CLUB »
    est ouvert une heure avant et après les représentations et tous les midis en semaine.
    Réservation conseillée : 01 48 13 70 05.

    LA LIBRAIRIE DU THÉÂTRE
    est ouverte avant et après les représentations.
    Le choix des livres est assuré par la librairie Folies d’Encre de Saint-Denis.
    Un vestiaire gratuit est à votre disposition.