Programme de salle LE BAISER COMME UNE PREMIÈRE CHUTE

    Le Baiser comme une première chute

    D’APRÈSL’ASSOMMOIR D’Émile Zola
    MISE EN SCÈNE Anne Barbot

    AVEC 
    Anne Barbot Gervaise
    Minouche Nihn Briot  Nana
    Benoît Dallongeville Coupeau 

    ADAPTATION Agathe Peyrard, Anne Barbot
    DRAMATURGIE Agathe Peyrard
    COLLABORATION ARTISTIQUE Lionel González, Agathe Peyrard
    SCÉNOGRAPHIE Camille Duchemin
    LUMIÈRE Félix Bataillou
    RÉALISATION SONORE Minouche Nihn Briot
    COSTUMES  Clara Bailly, Gabrielle Marty
    Diffusion Histoire de…, Alice Pourcher

    Production NAR6 compagnie conventionnée par le Conseil départemental du Val-de-Marne et aidée à la Permanence Artistique et Culturelle de la Région Île-de-France. Projet soutenu par le ministère de la Culture (DRAC Île-de-France) et par la Région Île-de-France – aide à la création (dossier en cours).
    Coproduction Théâtre Gérard Philipe, centre dramatique national de Saint-Denis, Théâtre Romain Rolland, scène conventionnée de Villejuif et du Val de Bièvre, l’EMC91 – Saint-Michel-sur-Orge, Théâtre Fontenay-en-scène, Théâtre Jacques Carat – Cachan, La Grange Dîmière, Fresnes.

    Entretien avec Anne Barbot 

    Quel a été votre fil rouge dans cette adaptation de L’Assommoir de Zola ?
    J’avais envie de parler du couple, de la difficulté d’être à deux dans un monde qui peut nous broyer. Gervaise et Coupeau forment un couple enthousiaste et très fort au début. Je voulais que le public ressente cet amour-là pour qu’ensuite, il s’interroge vraiment sur les raisons de leur descente aux enfers. Gervaise est une belle figure féminine, avec un désir d’émancipation, une aspiration à passer d’ouvrière à patronne. Coupeau, lui, est un ouvrier sérieux, qui la soutient dans son projet. Zola les place dans une situation qui va faire vriller leur vie et déplacer l’amour entre eux. 
    Zola dit que ses personnages ne sont pas mauvais en eux-mêmes : c’est la dureté du monde, la pénibilité du travail, l’exiguïté de leur lieu de vie, ce Paris écrasant où se côtoie luxe et misère qui les fait tomber. Toutes ces conditions font qu’à un moment donné l’amour s’envole. Et c’est ça qui est tragique. Il parle de l’« engourdissement de la vie », jusqu’au moment où on lâche face aux injustices et où on renonce à se battre. Cela m’intéressait de travailler sur l’anesthésie du corps et de l’esprit face à un réel trop douloureux. 
    Enfin il y a le personnage de Nana. Cela me touchait de voir comment un enfant peut se construire en parallèle de l’effondrement du couple, jusqu’à devenir la mère de sa mère. 

    Qu’avez-vous gardé de l’écriture et de la langue de Zola ?
    Dans le travail d’adaptation mené avec Agathe Peyrard, on a gardé au maximum la langue de Zola, qui est très imagée, souvent drôle et parfois très crue. À l’époque, il a d’ailleurs été très critiqué pour cela, même par ses amis. On lui a reproché son « plaisir de puer », car il est parti de la langue du peuple. Par moments seulement, on a changé une tournure de phrase ou un mot, en prenant des synonymes qui nous soient plus proches. 
    Depuis que j’adapte, je refuse la narration. Tout est donc dialogué. Cela oblige à trouver les ellipses qui font avancer l’histoire et rendent compte du rythme haletant de l’œuvre. Je trouve que la narration sur scène vient arrêter l’action or je veux que les personnages soient tout le temps dans l’action, qu’ils n’aient pas le temps de réfléchir sur leur situation. C’est ça aussi qui fait qu’ils se perdent. 
    Enfin il a fallu réécrire des scènes pour faire exister des personnages que nous ne pouvions interpréter à trois comédiens. Comme celui de Lantier qui compte énormément pour Gervaise au début puis revient agir sur le couple en plein milieu du roman. J’aime ces figures d’absents qui permettent d’échapper à une narration linéaire. En adaptant, je suis déjà en train de faire une mise en scène, cela me permet de trouver un axe personnel et j’éprouve dans ce travail une grande liberté.

    Avez-vous cherché une transposition contemporaine de cette histoire dans votre mise en scène ?

    En fait, je ne voulais pas que ça soit daté, ni dans les costumes ni dans la scénographie. On navigue entre différentes époques de telle sorte que le public puisse s’y reconnaître ou y projeter l’histoire de ses grands-parents. Depuis le XIXe siècle la société a changé mais il existe de nombreux ponts et résonances avec notre monde. En revanche j’ai gardé les métiers. Gervaise est blanchisseuse, Coupeau est ouvrier zingueur, il me semble que cela nous parle toujours.
    Zola affirmait vouloir faire une œuvre la plus vivante possible. C’est tout ce vivant qu’on est allé chercher, tout ce qui peut devenir action, matière à jeu et qui permet d’échapper à une reconstitution de musée. Cette humanité mise à nu peut se révéler à la fois tendre et dure. Il y a des moments très drôles chez ces personnages poussés à l’extrême, Gervaise qui veut tenir ce couple et Coupeau qui veut tenir jusqu’au bout de l’alcool. J’aime ce mélange de tragique et de comique, comme dans les films de Ken Loach ou récemment Drunk, le film de Thomas Vinterberg, qui réussissent à mêler les émotions et à nous toucher ainsi fortement.

    Avez-vous eu la volonté de mettre sur scène des personnages qu’on voit peu au théâtre ?
    Mes grands-parents étaient ouvriers, ma mère a été ouvrière au tout début, mes tantes le sont restées. Donc cette histoire fait partie de moi. Avec Humiliés et offensés de Dostoïevski, j’avais déjà envie de montrer des invisibles, des gens qui vivent en silence et qu’on oublie souvent, y compris dans le milieu artistique. J’essaie de le faire avec tendresse et pudeur parce que cela me touche directement. Les comédiens que j’ai choisis ont ce rapport sensible avec ces thématiques-là, donc un rapport engagé. 

    Comment aborde-t-on la violence physique sur un plateau de théâtre ?
    C’est une œuvre très dure qui oblige à ouvrir les plaies. Mais le premier coup porté m’intéresse moins que les mécanismes intérieurs qui amènent le personnage à porter un coup. Je ne condamne pas mes personnages, j’ai envie de faire partager leur envie de vivre, même si en soi je condamne les coups. Zola est comme un chirurgien qui fait une autopsie pour voir comment ses personnages en arrivent à une telle violence. Cette vision non-manichéenne me plaît. 
    Pour autant, représenter les effets de l’alcool au théâtre reste très difficile. Il faut le faire avec subtilité. Il existe des indicateurs du fait qu’on est en train de boire : par exemple le « cimetière de bouteilles » dans l’appartement, comme dit Zola ; ensuite il y a le travail du corps pour lequel on s’est inspirés de l’enquête menée par Zola auprès de médecins à l’hôpital Sainte-Anne sur les effets de l’alcool, depuis l’alcool joyeux, puis mélancolique, jusqu’à l’alcool violent puis délirant. Enfin l’ivresse vient aussi d’un jeu très engagé et aide à toucher celle de l’alcool. 
    Dans mon travail, la chorégraphie ne fonctionnerait pas. Tout y est fait pour donner un effet de réel palpable. Les corps des personnages s’entrechoquent dans un semblant de frénésie incontrôlée, cela demande aux acteurs une grande maîtrise de leur force.
    On a aussi travaillé sur la violence avec les objets. L’état de la scène évolue, comme si on rendait visibles dans l’espace les effets de l’alcool dans le corps : du corps sain et propre au corps malade, de l’ordre au désordre et à la destruction. Cette trajectoire concerne les acteurs comme la scénographie, la lumière et la musique.

    Quelle est la place de la musique précisément dans le spectacle ?
    Zola parle de l’amour comme d’une « mécanique qui fait battre les cœurs ensemble » et c’était une indication pour Minouche Nihn Briot, la créatrice sonore qui a travaillé sur cette harmonie de départ qui se détraque et devient dissonance. J’avais envie que le personnage de Nana se construise à travers la musique. Dans le roman qui lui est consacré, on sait quel est son destin mais au départ Nana veut vivre, chanter et danser dans les cabarets. Minouche Nihm Briot joue donc avec nous et a trouvé sa place dans la dramaturgie où sa musique, comme son personnage, prend une place grandissante.

    Propos recueillis par Olivia Burton, octobre 2021

    Anne Barbot

    Anne Barbot a été initiée à la scène dans une petite ville française avec des acteurs de l’éducation populaire et du théâtre en milieu rural. Elle a été baignée dans la vie d’une compagnie dès l’âge de 14 ans, en tant que stagiaire, jouant auprès de comédiens confirmés et entourés d’une équipe de professionnels. Cette immersion au coeur d’une compagnie de théâtre, des premières lectures à la première représentation, lui a donné le goût de la création et de la transmission.
    Après des études théâtrales à la faculté de Rennes 2, elle se forme à l’École Dullin puis à l’École du Studio d’Asnières, dont elle intègre la Compagnie, et achève sa formation à l’École Jacques Lecoq. Elle part au Japon pour s’imprégner de la culture et de l’art japonais (Danse traditionnelle, Nô, Tatedo : combat de scène avec sabre), et y crée une compagnie dont le premier spectacle, inspiré de Rashomon, jouera à Tokyo et à Osaka.
    Elle co-dirige la compagnie Nar6 aux côtés d’Alexandre Delawarde. Elle y met en scène Yvonne, princesse de Bourgogne de Witold Gombrowicz (2011) et co-met en scène avec Alexandre Delawarde Roméo et Juliette : Thriller médiatique d’après William Shakespeare (2015), en production déléguée au Théâtre Romain Rolland de Villejuif. En 2018, elle adapte et met en scène Humiliés et offensés, série en 4 épisodes, d’après Fédor Dostoïevski, dans lequel elle joue. En 2015, elle est en résidence artistique dans l’établissement public territorial du Grand Orly-Seine Bièvre pendant quatre ans et y développe son approche de création sur le territoire, aux côtés de ses habitants, dans leurs lieux de vie à travers des formes immersives : OEil pour oeil, dent pour dent en lien avec la création de Roméo et Juliette de William Shakespeare, puis Nous aurions pu être heureux ensemble en lien avec la création d’Humiliés et offensés de Fédor Dostoïevski. 
    Par ailleurs, membre du collectif In Vitro dirigé par Julie Deliquet, elle joue dans deux spectacle du triptyque Des années 70 à nos jours, composé de Nous sommes seuls maintenant et La Noce, dans le cadre du Festival d’automne. En 2017, elle crée avec trois membres du collectif In Vitro une adaptation des Trois Soeurs au CDN de Lorient, Tchekhov dans la ville.
    En automne 2019, elle participe à la création de Un conte de Noël d’Arnaud Desplechin en tant que collaboratrice artistique de Julie Deliquet, et intervient avec elle à l’École de la Comédie de Saint-Étienne (promotion 29).

    Lionel González

    Il suit l’enseignement de l’École du Studio d’Asnières et de l’École Jacques Lecoq (1998-2000). Il intègre ensuite la Compagnie du Studio, dans laquelle il sera à la fois acteur et assistant à la mise en scène. Très vite, il fonde sa compagnie, Le Balagan’ (2000-2004), avec laquelle il entreprend une recherche sur le théâtre masqué. 
    En 2003, il commence à enseigner à l’École du Studio d’Asnières. C’est également à cette époque qu’est créé le collectif D’ores et déjà, dont il devient l’un des piliers. Pendant sept ans, ce sont plus d’une dizaine de projets qui voient le jour dont Visages de feu de Marius von Mayenburg, Baal de Bertolt Brecht, Le Père tralalère et Notre Terreur, deux créations collectives. Quand D’ores et déjà est dissous en 2011, il s’exile pendant deux ans pour participer à un laboratoire autour de Luigi Pirandello avec Anatoli Vassiliev.
    En 2013, il rejoint Jeanne Candel et La vie brève, notamment pour la création Le Goût du faux en 2014-2015.  Il travaille également avec Adrien Béal pour Les Voisins de Michel Vinaver et Le Récit des événements futurs, une création collective.
    En 2016, il fonde avec Gina Calinoiu une nouvelle compagnie, Le Balagan’ retrouvé. Ensemble ils créent deux spectacles Demain, tout sera fini (une adaptation du Joueur de Fédor Dostoïevski), Les Analphabètes, une création d’inspiration cinématographique. 
    Il créera La nuit sera blanche d’après La Douce de Fédor Dostoïevski du 6 au 22 avril 2022 au Théâtre Gérard Philipe, centre dramatique national de Saint-Denis.
    Parallèlement à son activité d’acteur et de metteur en scène, il développe une activité de transmission en solo (Studio-Théâtre d’Asnières, Chantiers Nomades) ou avec Jeanne Candel (CDC Toulouse, ESAD, Chantiers Nomades).
    Depuis quelques années, il travaille à l’ouverture d’un lieu à Vitry-sur-Seine, dédié à la recherche et la transmission de l’art de l’acteur
    Il est également praticien Feldenkrais. 

    Agathe Peyrard

    Agathe Peyrard se forme à la dramaturgie à l’École Normale Supérieure de Lyon (2014 – 2016) et à l’écriture théâtrale sous la direction de Koffi Kwahulé et de Michel Azama notamment, à Paris 3 (2017). Elle co-écrit et met en scène Foufurieux puis Lear Factor, présenté au Théâtre de la Bastille lors d’un festival dédié à la jeune création.
    Elle travaille comme collaboratrice artistique et littéraire auprès de Cyril Teste en 2017 (White Room à la Comédie de Saint-Étienne et ADN avec l’École Supérieur d’Art Dramatique au Centquatre), puis au comité de lecture du Théâtre du Rond-Point. Elle collabore en tant que dramaturge et co-adaptatrice aux spectacles d’Anne Barbot et comme dramaturge pour ceux de Guillaume Barbot (Et si je n’avais jamais rencontré Jacques Higelin, Alabama Song et Icare).
    Elle signe la dramaturgie et la co-adaptation de deux spectacles de Julie Deliquet : Un conte de Noël, présenté au Festival d’Automne, et Jean-Baptiste, Madeleine, Armande et les autres… d’après Molière à la Comédie-Française.
    En parallèle, elle dirige des ateliers d’écriture en milieu carcéral.

    AUTOUR DU SPECTACLE

    Autour du spectacle 

    Samedi 11 décembre 

    « Un après-midi en famille » à PARTIR DE 16h 

    → à 16h, toute la famille assiste à Bijou bijou, te réveille pas surtout
    → à 17h, discussion « Derrière le rideau » avec Anne-Laure Benharrosh,
    → à 18h, pour les parents : Le Baiser comme une première chute et pour les enfants : atelier théâtre 
    → à 20h, dîner en famille au restaurant du théâtre.
    Pour les enfants à partir de 9 ans
    Réservation : 01 48 13 70 00

    Dimanche 12 décembre rencontre avec l’équipe artistique à l’issue de la représentation

    Informations pratiques 

    NAVETTES RETOUR

    La navette retour vers Paris
    Du lundi au vendredi, les 4 et 5 décembre une navette est mise en place à l’issue de la représentation, dans la limite des places disponibles.

    Elle dessert les arrêts :
    Porte de Paris (métro ligne 13), La Plaine Saint-Denis, Porte de la Chapelle, La Chapelle, Stalingrad, Gare du Nord, République, Châtelet

    Samedi 4 décembre et dimanche 5 décembre :
    dernier arrêt Gare du Nord
    Tarif : 2 €.
    Réservation à la billetterie avant le spectacle.

    La navette dionysienne
    Le jeudi, si vous habitez à Saint-Denis, une navette gratuite vous reconduit dans votre quartier. Merci de réserver au 01 48 13 70 00 ou à la billetterie avant le spectacle.

    LE RESTAURANT « CUISINE CLUB »
    est ouvert une heure avant et après la représentation et tous les midis en semaine.
    Réservation conseillée : 01 48 13 70 05.

    LA LIBRAIRIE DU THÉÂTRE
    est ouverte avant et après les représentations.
    Le choix des livres est assuré par la librairie Folies d’Encre de Saint-Denis.

    Un vestiaire gratuit est à votre disposition.